Méthode Quertant ou Training neuro-sensoriel (TNS)
Descriptif
La méthode Quertant, également appelée TNS pour Training neuro-sensoriel, est une méthode d’entrainement perceptif qui prétend agir sur le fonctionnement du système nerveux à partir d’exercices visuels et sensoriels. Elle repose sur l’utilisation d’un appareil spécifique appelé diploscope, conçu par Georges Quertant.
Le diploscope est présenté comme un instrument permettant d’observer les réactions visuelles, posturales et motrices d’une personne face à des stimuli lumineux intermittents ou alternés, perçus par un seul œil ou par les deux yeux de manière dissociée. Les réactions observées lors de cet examen sont interprétées comme étant révélatrices d’un « fonctionnement neuro-sensoriel » global, incluant des dimensions cognitives, émotionnelles et comportementales.
À partir de cette évaluation, la méthode propose un entrainement individualisé reposant sur des exercices réalisés avec le diploscope.
Ces exercices consistent principalement en :
- la fixation ou le suivi de stimuli lumineux dans des conditions visuelles contrôlées ;
- des sollicitations visuelles dissociées entre l’œil droit et l’œil gauche ;
- des répétitions régulières d’exercices visant à modifier les réactions perceptives observées lors du test initial.
Selon les promoteurs de la méthode, ces exercices permettraient de réorganiser les réponses du système nerveux, d’améliorer l’équilibre neuro-sensoriel et, par extension, de produire des effets positifs sur l’attention, la régulation émotionnelle et les apprentissages scolaires.
Source : Site officiel – Méthode QUERTANT®
Promesses
La méthode est présentée comme pouvant :
- améliorer l’attention, la concentration et la mémorisation ;
- réduire le stress, l’anxiété et les troubles émotionnels ;
- faciliter les apprentissages scolaires et les performances intellectuelles ;
- accompagner des enfants en difficulté scolaire, présentant des troubles de l’attention, des troubles DYS ou un mal-être général ;
- favoriser un meilleur équilibre émotionnel et relationnel.
Elle aiderait les enfants timides, colériques, anxieux, susceptibles, hypersensibles ayant des troubles digestifs, somnolents…
Source : Site officiel – Méthode QUERTANT®
Origine
Selon le récit porté par les promoteurs de la méthode, Georges Quertant,musicien français, aurait consacré sa vie à l’observation du fonctionnement humain, en s’intéressant particulièrement aux liens entre perception sensorielle et équilibre nerveux. Ce discours met en avant une trajectoire singulière, marquée par une immersion précoce dans le milieu médical via son frère, une pratique musicale présentée comme structurante, et l’élaboration progressive de ce qui sera nommé culture psycho-sensorielle.
Élaborée à partir des années 1930, la méthode Quertant s’inscrit historiquement dans le prolongement de la psychophysiologie et de la psychologie expérimentale de la fin du XIXe siècle. Elle s’inspire notamment de l’évolutionnisme psychologique de Théodule Ribot (1888) et des travaux d’Alfred Binet et Charles Féré (1887), qui exploraient les influences des stimulations sensorielles sur les états de conscience et les fonctions nerveuses.
Dans ce contexte intellectuel, des théories émergeaient pour postuler une corrélation entre la régulation des fonctions sensorielles, dont la vision, et l’équilibre psychique global. Ces approches reposaient sur l’hypothèse qu’un entraînement ciblé de la fonction visuelle pourrait agir, par répercussion, sur l’organisation nerveuse centrale.
Toutefois, les neurosciences contemporaines nuancent fortement ces liens mécanistes. Si la plasticité cérébrale permet des améliorations fonctionnelles spécifiques (comme la binocularité), les modèles actuels de complexité neuronale et synaptique décrits dans les ouvrages de référence de Eric Kandel (Principles of Neural Science, 5e éd.) réfutent l’idée d’un transfert direct et automatique entre une gymnastique oculaire et la résolution de troubles complexes de la personnalité. À cet égard, le consensus de l’American Academy of Pediatrics (2009) demeure une référence centrale, soulignant l’absence de preuves scientifiques rigoureuses quant à l’efficacité des thérapies visuelles pour le traitement des troubles neurodéveloppementaux ou de l’apprentissage comme la dyslexie.
Autres dénominations
- Méthode Quertant
- TNS – Training neuro-sensoriel
- Rééducation neuro-sensorielle
- Entrainement neuro-visuel
Points de vigilance
Plusieurs éléments appellent à une vigilance particulière, notamment en contexte scolaire :
- la méthode revendique une action directe sur le cerveau et le système nerveux sans s’appuyer sur des publications scientifiques évaluées par les pairs ;
- aucun consensus scientifique ne reconnait la validité diagnostique de l’appareil Quertant ni des profils neuro-sensoriels proposés ;
- les liens établis entre mouvements oculaires, personnalité, émotions et capacités cognitives relèvent d’hypothèses anciennes, non confirmées par les neurosciences contemporaines ;
- la méthode est souvent proposée par des praticiennes et praticiens n’ayant aucune formation médicale ;
- les promesses formulées à destination des enfants en difficulté scolaire peuvent conduire à des attentes irréalistes et à un retard dans l’accès à des prises en charge éducatives ou médicales adaptées.
Orienter des parents vers une prise en charge pseudo scientifique pour leur enfant, en particulier lorsqu’elle prétend agir sur le cerveau, les apprentissages ou l’équilibre émotionnel, engage la responsabilité de la personne qui la recommande. Les autorités sanitaires rappellent que seules des prises en charge fondées sur des données probantes et assurées par des professionnelles et professionnels qualifiés doivent être proposées aux enfants. En contexte scolaire, promouvoir des méthodes non validées peut détourner les familles des dispositifs institutionnels existants et exposer les enfants à des pratiques inadaptées.
Et si on faisait plutôt…
… dans la classe : des aménagements pédagogiques, un travail sur l’attention et l’autorégulation à partir de situations d’apprentissage concrètes, de pauses motrices ou d’activités physiques adaptées…
… hors de la classe : faire appel au RASED (Réseau d’Aide Spécialisée aux Elèves en difficulté) s’il en reste un dans les parages, orienter les parents vers le PsyEN, le médecin scolaire ou leur médecin de famille en cas de difficultés persistantes pour envisager une vraie prise en charge adaptée.

Merci pour cet article très documenté.
Une précision importante toutefois : la déclaration de l’American Academy of Pediatrics citée (2009) a été officiellement retirée en octobre 2025 et ne constitue donc plus une position active. De plus, elle traite spécifiquement de la dyslexie comme trouble du langage et des thérapies visuelles comportementales, ce qui n’est pas exactement le même champ que celui du Training Neuro Sensoriel.
Le Training Neuro Sensoriel ou Biofeedback TNS (version moderne de la méthode Georges Quertant – et non Raymond comme vous le mentionnez) ne se présente pas comme une méthode médicale ni comme un traitement de la dyslexie linguistique, mais comme un entraînement perceptif neurosensoriel, basé sur l’observation des réactions visuelles et perceptives aux stimulations du diploscope. Elle vise à induire des changements observables dans la façon dont le système nerveux traite les informations sensorielles, ce qui peut se traduire par une perception plus fluide, une meilleure coordination visuelle ou encore une régulation plus harmonieuse des réponses sensorielles des phénomènes mesurables lors du test.
Des travaux académiques publiés permettent de situer historiquement et théoriquement la méthode de Georges Quertant. Notamment l’article universitaire de Jean-Gaël Barbara > , publié dans la revue scientifique HEGEL (2024, DOI : 10.3917/heg.142.0001) > https://static1.squarespace.com/static/6422f3b0e50cd85d8b4fe44f/t/68118f892ed38a4a752b7dba/1745981385743/une-methode-doptometrie-comportementale.pdf,
ainsi que l’article également de Jean-Gaël Barbara déposé sur la plateforme institutionnelle HAL-SHS (archive scientifique du CNRS et des universités françaises) > Une méthode d’optométrie comportementale française peu connue des années 1930: la méthode de rééducation visuelle de Georges Quertant (1894-1964).
Ces publications analysent les fondements et le contexte de l’optométrie comportementale développée par Georges Quertant. Il ne s’agit pas d’essais cliniques randomisés au sens biomédical actuel, mais bien de travaux académiques documentés et consultables publiquement.
L’absence d’étude randomisée contrôlée spécifiquement dédiée ne signifie pas que cette approche ne produit aucun effet, elle signifie simplement qu’à ce jour, il n’existe pas encore d’essais cliniques publiés selon ces critères. L’expérience directe reste précieuse : lors d’un bilan unique et sans engagement, chacun peut observer par lui-même les réactions visuelles produites par les stimulations du diploscope et constater la modulation perceptive qui en découle.
Le débat scientifique est indispensable et l’ouverture d’esprit aussi. Encourager les familles à s’informer, à tester avant de juger, me semble plus juste que de disqualifier a priori des approches qui, pour certaines personnes, constituent un accompagnement complémentaire très bénéfique.
Plus de renseignements ici http://www.training-neuro-sensoriel.ch
Je reste à disposition pour toute personne qui souhaite plus de renseignements.
Merci pour votre message et pour les références partagées.
Vous avez raison sur un point factuel : l’inventeur de la méthode est Georges Quertant et non Raymond comme indiqué au début de la fiche. Cette coquille est corrigée.
Pour le reste, quelques clarifications s’imposent…
Le retrait en 2025 de la déclaration de l’American Academy of Pediatrics de 2009 signifie simplement qu’elle n’est plus maintenue comme « policy statement » active. Cela ne veut pas dire que ses conclusions ont été invalidées. Or les conclusions restent très claires : les troubles d’apprentissage comme la dyslexie ne sont pas dus à des problèmes visuels et les thérapies visuelles n’ont pas démontré d’efficacité pour les traiter (AAP, 2009, https://publications.aap.org/pediatrics/article/124/2/837/72351).
Concernant les travaux de Jean Gaël Barbara, ils sont intéressants mais leur objet est historique. Ils documentent l’émergence de l’optométrie comportementale dans les années 1930. Ils ne constituent pas une démonstration d’efficacité clinique de la méthode Quertant.
L’argument selon lequel la méthode ne « prétend pas soigner » prête tout de même à sourire.
Lorsqu’une approche explique pouvoir agir sur le fonctionnement du système nerveux (comme cela figure sur votre site), améliorer l’attention, la régulation émotionnelle ou encore les apprentissages scolaires, il devient assez difficile de soutenir qu’il ne s’agit pas, d’une manière ou d’une autre, d’une intervention à visée thérapeutique. Cela revient à dire que l’on soigne peut être… sans employer le mot, ce qui est hypocrite et surtout pratique pour éviter les risques de poursuites pour exercice illégal de la médecine.
Dire qu’il n’existe pas d’essais contrôlés tout en suggérant des effets sur le cerveau, les émotions ou les apprentissages reste donc très problématique.
L’argument qui consiste à transformer une absence de validation scientifique en argument favorable à la méthode est non recevable. En recherche, la question n’est pas de savoir si l’inefficacité a été prouvée, mais si l’efficacité a été démontrée. Inverser ainsi la charge de la preuve est un procédé bien connu dans la promotion de pratiques non validées.
Remplacer ensuite l’évaluation scientifique par l’idée que l’on pourrait « constater par soi-même » les effets lors d’un test relève davantage de la suggestion que de la démonstration. Les impressions produites dans ce type de situation sont précisément ce que les méthodes expérimentales cherchent à contrôler. Les invoquer pour compenser l’absence d’études rigoureuses ne relève pas d’une démarche scientifique sérieuse mais de la manipulation.
Le débat scientifique est évidemment bienvenu. Il repose toutefois sur un principe simple : lorsqu’une méthode prétend agir sur le système nerveux et les difficultés scolaires des enfants, il est raisonnable d’attendre des preuves solides, pas seulement des observations ou des impressions perceptives lors d’un test.
Mon souci ici est la sécurité des enfants et la non-instrumentalisation des enseignants que l’on pousse à recommander aux parents de leurs élèves en difficulté des pseudo-thérapies illusoires.
Merci pour votre réponse et pour la correction apportée concernant Georges Quertant.
Nous partageons au moins un point : l’importance d’un débat rigoureux et de la protection des enfants.
Le Training Neuro Sensoriel n’est pas présenté comme un traitement de la dyslexie linguistique ni comme une thérapie médicale, mais comme un entraînement perceptif visant la régulation de certaines réponses neurosensorielles observables lors du bilan. Cette distinction est importante.
Par ailleurs, rappeler que la dyslexie est un trouble du langage n’exclut pas que le fonctionnement sensoriel et attentionnel puisse influencer les conditions dans lesquelles un enfant apprend. Les approches pédagogiques et perceptives complémentaires existent précisément dans cet espace.
L’absence actuelle d’essais contrôlés spécifiques signifie simplement que la recherche reste à développer dans ce domaine. Elle ne permet pas, à elle seule, de conclure à l’inefficacité d’une approche.
Pour ma part, mon objectif est avant tout d’accompagner les enfants et les adultes avec sérieux et transparence, dans un cadre non médical et sans promesse thérapeutique.
Le ton très polémique que prend cet échange ne me semble pas propice à un dialogue constructif ; je me contentais ici d’apporter quelques éléments d’information complémentaires pour les lecteurs. Je ne poursuivrai donc pas cette discussion.