Vittoz – FoVeaⓇ

Descriptif

La méthode Vittoz, élaborée par le médecin suisse Roger Vittoz au début du XXe siècle, se présente comme une rééducation psychosensorielle fondée sur la répétition d’exercices simples visant à développer la présence à soi, à l’environnement et à l’autre. Elle repose sur l’usage de la sensation consciente comme moyen de renforcer l’attention, d’interrompre la dispersion mentale et de favoriser un ancrage dans l’instant présent.

La méthode est structurée en plusieurs étapes progressives : rétablissement de la réceptivité et de l’état de présence, pratique des actes conscients, développement de la concentration par le contrôle de l’émissivité, rééducation de la volonté, relaxation psychosensorielle et exploration des intrications psychiques.
Elle mobilise la conscience corporelle comme point d’appui pour une unification de la personne et une meilleure adaptation au réel. Présentée par ses promoteurs comme une approche intégrative, elle se situe à la croisée de la rééducation pédagogique, du développement personnel et de la psychothérapie à médiation corporelle.

FoVeaⓇ (Flexibilité, Ouverture, basé sur la méthode Vittoz, pour renforcer l’Expérience Attentive) est un programme structuré conçu en 2013 par l’Institut Vittoz IRDC. Il propose une initiation collective à la méthode Vittoz sous forme de cycles de séances organisées selon une progression standardisée. Le programme articule une attention dite « ouverte », centrée sur l’accueil des sensations, émotions et pensées sans jugement, et une attention focalisée, orientée vers la concentration et la mémorisation.

FoVeaⓇ constitue une déclinaison contemporaine et structurée de la méthode Vittoz. Elle est présentée comme une démarche intégrative de pleine conscience informelle, visant à renforcer l’expérience attentive par une pratique régulière d’exercices Vittoz intégrés à la vie quotidienne.
Le programme FoVeaⓇ a fait l’objet en 2013 d’une évaluation scientifique en collaboration avec l’institut Vittoz sous la direction de Rebecca Shankland, qui est également instructrice et formatrice de la méthode. Même cumul pour Céline Baeyens, Professeure de Psychologie, également membre de l’équipe de recherche ayant évalué l’efficacité du programme FoVea®.
Cette étude a été réalisée auprès d’adultes uniquement, sur un échantillon limité, sans groupe contrôle actif et avec des effets mesurés par des questionnaires auto-administrés.
La formation d’instructeurs FoVeaⓇ vise notamment les professionnels de l’éducation.

Sources : La thérapie Vittoz
FoVeaⓇ- Flexibilité, Ouverture, basé sur la méthode Vittoz, pour renforcer l’Expérience Attentive
Formation Instructeurs Groupes FoVeaⓇ
Présentation de la formation d’instructeurs FoVeaⓇ
“Improving Mental Health and Well-Being through Informal Mindfulness Practices: An Intervention Study” par Rebecca Shankland, Damien Tessier, Lionel Strub, Aurélie Gauchet, Céline Baeyens

Promesses

La méthode Vittoz et sa déclinaison FOVEAⓇ sont présentées comme étant susceptibles de :

  • renforcer l’attention et les capacités de concentration des élèves, en particulier dans les contextes d’hyperstimulation ou de dispersion mentale  
  • améliorer la régulation émotionnelle et le climat scolaire, en apportant un sentiment de sécurité et une meilleure gestion du stress chez les enfants et les adolescents  
  • développer une perception plus fine de l’instant présent et des sensations corporelles, ce qui serait bénéfique pour les élèves “en surcharge mentale” ou en difficulté relationnelle
  • accompagner les troubles des apprentissages, les situations de décrochage ou les problématiques comportementales en s’appuyant sur une approche “psychocorporelle” intégrée
  • favoriser une posture pédagogique plus ajustée pour les enseignantes et enseignants formés à cette approche, en leur permettant de « vivre une expérience consciente et ajustée » dans leur relation éducative
  • prévenir les troubles attentionnels ou anxieux par des séances collectives structurées, dites de “rééducation fonctionnelle de l’attention” (FoVeaⓇ Groupes), à visée préventive dans les établissements scolaires

Certaines brochures et livrets d’accompagnement, diffusés par les structures de formation, ciblent directement les enfants et les adolescents et les incitent à pratiquer certains exercices quotidiennement, parfois dès l’âge de 6 ans.
La méthode FOVEAⓇ figure dans les exemples du référentiel de Santé publique France pour le développement des compétences psychosociales (p105) et est incluse dans le programme TEAL (Tous Epanouis à L’école) de Rébecca Shankland, actuellement expérimenté dans plusieurs écoles de la région Auvergne Rhône-Alpes.

Sources : Vittoz à l’école
La thérapie Vittoz

Origines

La méthode Vittoz a été conçue par le médecin suisse Roger Vittoz (1863–1925), diplômé des facultés de Lausanne, Neuchâtel et Genève. Après une période d’exercice en médecine générale, il développe progressivement une approche personnelle à la suite d’un épisode d’épuisement nerveux. S’éloignant des courants dominants de la psychanalyse naissante, il rejette l’hypnose et choisit de travailler avec le conscient plutôt qu’avec l’inconscient freudien.

Vittoz cherche à permettre à ses patientes et patients de « se guérir eux-mêmes » en rétablissant ce qu’il appelle un équilibre cérébral par la mobilisation active des sensations corporelles et de la volonté consciente. Il élabore une méthode de rééducation du contrôle cérébral à partir d’exercices sensoriels, moteurs et mentaux, visant à reconnecter la personne à ses perceptions présentes et à ses ressources internes. Il développe également une théorie selon laquelle le cerveau émettrait une « vibration » perceptible par la main du thérapeute entraîné, utilisée pour adapter les exercices au cours de la cure.

Sa méthode prend forme dans sa pratique clinique à Lausanne, où il attire une patientèle internationale, et donne lieu à une publication en 1910 : Traitement des psychonévroses par la rééducation du contrôle cérébral. L’approche repose sur une vision intégrative de la personne, considérée dans son unité corporelle, affective et mentale.

Sources : La méthode Vittoz – Origines
La méthode Vittoz – Sa découverte

Autres dénominations

  • Méthode Vittoz – programme FOVEAⓇ
  • Expérience attentive – attention informelle – désautomatisation cognitive
  • Contrôle cérébral (ancien vocable historique)

Points de vigilance

  • Les effets annoncés ne reposent à ce jour que sur une étude non indépendante, menée sur des adultes par une des conceptrices du programme (Rébecca Shankland), sans réplication extérieure, ni étude spécifique sur des mineurs.
  • FOVEAⓇ repose sur des concepts pseudo-scientifiques hérités de Vittoz (contrôle cérébral, perception tactile des ondes mentales), aujourd’hui absolument invalidés par les neurosciences. Le vocabulaire utilisé entretient une confusion avec les neurosciences, sans validation méthodologique (par exemple “neuro-rééducation par l’attention sensorielle”).
  • La Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) inclut la méthode Vittoz dans son périmètre de vigilance concernant les pratiques de soin non validées et les risques d’emprise (source “Guide santé et dérives sectaires” de la Miviludes p177).
  • FOVEAⓇ est proposé dans des contextes scolaires (ateliers pour enfants et adolescents) sans validation institutionnelle, sans preuve d’efficacité pour les mineurs, et parfois par des intervenants non qualifiés.
  • Glissement vers la pleine conscience sans cadre critique
    Le programme FOVEAⓇ reprend plusieurs principes et formulations issues de la pleine conscience (ou mindfulness), notamment l’ancrage corporel, l’attention au moment présent sans jugement, et la désautomatisation cognitive. Bien que cette orientation soit présentée comme un enrichissement contemporain de la méthode Vittoz, elle s’inscrit dans un courant largement diffusé dans l’éducation, qui fait l’objet de nombreuses controverses. Or, comme le montre la fiche dédiée à la méditation de pleine conscience, cette approche n’est pas exempte de dérives, notamment en raison :
    • de la promotion de bénéfices exagérés ou non prouvés scientifiquement,
    • de son instrumentalisation dans des logiques comportementalistes ou managériales,
    • et de la porosité de certains programmes avec des référentiels spirituels ou psychoreligieux non explicités.

Et si on faisait plutôt…

Pour renforcer l’attention et la concentration
– structurer les séquences en temps courts, avec transitions explicites
– utiliser des supports visuels, des consignes ritualisées, et des outils de métacognition simples (cartes, schémas, auto-évaluations)

Pour améliorer la régulation émotionnelle et le climat scolaire
– instaurer des rituels d’accueil et de clôture sans visée thérapeutique
– mettre en place des conseils d’élèves ou cercles de parole à visée citoyenne

Pour développer la conscience corporelle et l’ancrage dans le présent
– mobiliser l’EPS (pauses actives par exemple), le théâtre, l’expression corporelle ou vocale.
– intégrer ponctuellement des exercices de recentrage simples (fermer les yeux, écouter…)

Pour accompagner les élèves en difficulté d’apprentissage ou de comportement
– s’appuyer sur la différenciation pédagogique, les aides humaines et le travail en petits groupes
– mobiliser les RASED (réseaux d’aide spécialisée aux élèves en difficulté) et les dispositifs existants plutôt que des interventions extérieures non cadrées

Pour prévenir les troubles attentionnels ou anxieux en collectif
– proposer un cadre stable, prévisible, avec des attentes claires
– articuler moments d’explicitation, de coopération et d’autonomie progressive

Pour aller plus loin

Conférence vidéo de Rébecca Skanland pro FOVEAⓇ très intéressante pour constater l’instrumentalisation de la note du CSEN (conseil scientifique de l’Éducation nationale) à 14:20 sur la méditation à l’École, l’entrisme de la mindfulness en contexte scolaire et la dissimilation à l’oeuvre en changeant le vocabulaire