8 Shields
Descriptif
Les 8 Shields, ou 8 boucliers, sont un modèle d’éducation dans la nature, de « reconnexion » et de « régénération culturelle », né aux États-Unis et fondé sur une lecture idéalisée de cultures dites « racines » ou « premières ». Le terme « shield » signifie bouclier, mais peut aussi être compris comme « blason » : les 8 Shields renvoient ainsi aux 8 directions, c’est-à-dire aux 4 points cardinaux et aux 4 directions intermédiaires, auxquelles sont associées des symboliques censées structurer les cycles de la vie, d’une journée, d’une année, d’un projet, d’une réunion ou d’une relation.
Cette approche ne se limite donc pas à des sorties nature, à l’observation des oiseaux ou à l’apprentissage de gestes naturalistes. Elle prétend répondre à une triple « fracture » : entre les humains et les autres vivants, entre les humains eux-mêmes, et au sein de chaque personne. Son objectif est de reconstruire des connexions à soi, aux autres, à la communauté, aux lieux, au vivant et à la nature, dans une perspective qui mêle éducation, développement personnel, transformation collective et spiritualité.
Les 8 Shields reposent notamment sur des « routines de connexion » censées développer 8 attributs de connexion : la joie de l’enfant, la vitalité, l’écoute profonde, l’empathie, le désir d’être utile, la révérence pour la vie, l’amour et le pardon, ainsi que l’esprit clair et calme. Ces attributs peuvent aussi être reformulés autour du bonheur, du sens de la profondeur, de l’écoute, du sentiment d’appartenance, de la prise d’initiative, de la compassion et de la sérénité. Les routines mobilisées peuvent inclure l’expansion des sens, le pistage, les arts dits ancestraux, le partage d’histoires, les chants, la gratitude, le décryptage du langage des oiseaux, le « sit-spot » (moment d’observation silencieuse dans un lieu choisi), la marche du renard ou des jeux. Elles sont présentées comme issues de pratiques attribuées aux peuples premiers, dont seraient tirés des éléments universels pour créer des programmes destinés à tous les âges de la vie.
Un autre élément central est le mentorat, présenté comme une posture de transmission différente de l’enseignement classique. Le mentor ne transmettrait pas directement un savoir, mais entretiendrait la curiosité par des questions, des contre-questions, des missions, des récits et des mises à l’épreuve, afin que l’enfant ou l’adulte découvre par lui-même. C’est cette articulation entre nature, cycles symboliques, routines, communauté et mentorat qui constitue le cœur de la démarche.
On peut trouver des références à ce programme dans certaines propositions concernant la classe dehors ou les « forest schools ».
Promesses
Les 8 Shields permettraient de vivre des expériences de nature pleine, unifiant le cœur, le corps et l’esprit, d’être dans un rapport sincère à la nature, aux autres et à soi, en donnant de la place à l’intériorité autant qu’à l’extériorité.
La connexion profonde permettrait un meilleur équilibre, rappellerait que tout est lié, et ferait découvrir que la joie véritable réside dans le fait de réaliser son potentiel au service de sa communauté et de la nature.
De plus, ces pratiques de pleine conscience pourraient optimiser la santé, le bien-être et l’intégration sensorielle.
Origine
Cette démarche est née dans le New Jersey, à la fin des années 1960 / début des années 1970, autour de la rencontre entre Jon Young, alors âgé d’une dizaine d’années, et Tom Brown Jr, présenté comme son mentor dans l’art de la connexion à la nature et de « l’enseignement du coyote », c’est-à-dire une forme de transmission indirecte par l’observation, le questionnement, le récit, l’expérience et la mise à l’épreuve plutôt que par un enseignement frontal.
Le récit fondateur insiste sur le rôle d’un adulte qui valide les intérêts naturalistes de l’enfant, l’aide à les approfondir et lui permet de résister aux pressions de sa culture. Au moment où ses camarades sont incités par leurs parents à « rejoindre la réalité » et à préparer leur avenir par les études, Jon Young choisit de rester dans la forêt, d’affirmer son individualité et de poursuivre cette voie.
Le récit met aussi en avant la transmission d’un héritage spirituel et pratique, venu notamment de Stalking Wolf, figure présentée comme un ancien apache, puis transmis par Tom Brown à Jon Young. Celui-ci est ensuite devenu un chef de file de l’éducation basée sur la nature, auteur, conférencier et mentor à succès.
Points de vigilance
- Les formations (coûteuses et immersives) et les supports liés aux 8 Shields ne relèvent pas seulement de l’éducation à la nature : derrière des activités en apparence naturalistes, on trouve une démarche beaucoup plus globale mêlant mentorat, « régénération culturelle », développement personnel, références spirituelles, pratiques ritualisées et travail sur l’intériorité.
- Un livre pédagogique concernant la classe dehors se réclamant de la démarche propose des activités classiques d’observation de la nature et de jeux mais aussi d’autres à connotation plus ou moins spirituelles : cercle de gratitude, yoga, rituels avec des bâtons magiques, méditation et routines de connexion.
- Les appels à la nature et à l’ancienneté des peuples premiers, forcément vertueux, sont omniprésents. Cette idéalisation pose un double problème : elle peut servir à donner une autorité indiscutable à la méthode, et elle brouille la frontière entre éducation à l’environnement, développement personnel, spiritualité et croyances.
- Le film documentaire “L’Autre Connexion” sur une école située en Colombie Britannique, au Canada, inscrite dans cette démarche parle d’une “guidance invisible” dont les enfants n’ont pas conscience, cela évoque une démarche de manipulation. Ce film a obtenu un premier prix au festival du film chamanique à Sarlat en 2018.
- Les documents disponibles autour des 8 Shields ne renvoient pas seulement à une pédagogie naturaliste, on y trouve des références explicites à l’énergie, à l’âme, à l’esprit, au « Soi », à la « source », aux cérémonies, aux offrandes, aux rites de passage, au chamanisme, aux esprits, à la divination, au tarot, à l’astrologie ou encore à la magie. Ce vocabulaire ne relève pas d’un simple habillage poétique : il structure et transmet une vision du monde.
- Le mentorat mérite aussi une vigilance particulière, selon les documents disponibles, il ne consiste pas seulement à accompagner des apprentissages ou à aider une personne à observer la nature. Il touche au récit de soi, aux souvenirs, aux « blessures », aux « ombres » et à la transformation du vécu. Avec des enfants ou des adolescents, cela entre dans une zone sensible qui relève de l’intimité psychique, pas d’une activité scolaire ou éducative ordinaire.
Il ne s’agit évidemment pas de contester les sorties nature, les jeux dehors, les observations naturalistes ou l’éducation à l’environnement. Le problème commence quand ces activités servent de porte d’entrée à une démarche spiritualisée, ritualisée ou pseudo-thérapeutique, surtout auprès de mineurs.
Et si on faisait plutôt…
… des activités de jeux, d’observation de la nature et d’initiation à la démarche scientifique : observation d’un milieu, identification d’espèces, dessin naturaliste, sciences participatives, jardinage scolaire, lecture de paysage, land art, découverte des écosystèmes, débats argumentés sur les enjeux écologiques…
Pour aller plus loin
Le podcast de Méta de Choc avec sa série « Chamanisme et néochamanisme » situe les 8 Schields dans ces mouvances en lien avec les éco-spiritualités, où les peuples premiers sont présentés comme des « écologistes avant l’heure » non contaminés par le dualisme homme-nature qui gangrène notre civilisation moderne.
On trouve sur cette page « 8 Shields, reconnexion à la nature, art du mentorat et régénération culturelle » un accès à une série de pdf décrivant la démarche en détail. Une analyse précise de ces documents 8 Shields est téléchargeable ici en pdf, elle peut servir d’outil d’alerte et d’information.
Version mise à jour le 11 juin 2026 d’une fiche créée à l’origine le 1er août 2023

Bonjour,
L’approche scientifique et rigoureuse de tout sujet nécessite de s’informer profondément et non de mettre en avant des suspicions basés sur des représentations personnelle comme cette illustration avec des « pseudo masques africain » digne d’un jeu de rôle pour adolescent qui n’a aucun rapport avec le sujet. Ce n’est qu’en incarnant ses paroles que l’on peut être crédible.
Merci de cette remarque, il s’agit effectivement d’une simple illustration qui ne prétend pas représenter ce que sont les « 8 shields ».
Je suis très satisfaite que ce soit le seul élément de la fiche sur lequel vous trouviez à redire, à juste titre en effet, tout le reste étant strictement sourcé.
Je côtoie beaucoup de personnes du milieu 8shield et je m’inquiète également de leur présence dans les écoles et ailleurs.
Depuis la sortie du film en question les adeptes fleurissent partout, et ne se rendant pas toujours bien compte de ce que le 8shield implique vraiment. Il y a tout un document (doctrine) qui est transmis aux aspirants au mentorat (pas tous semblerait-il) qui se veut explicatif sur le mouvement. Et pour l’avoir lu c’est assez dingue! Entre essentialisme et ésotérisme dévergondé, et où l’on peut même lire le mot gourou remplacer le therme de mentor dans un passage.
Le danger pour moi c’est que les parents et enseignants ne se rendent pas toujours compte de la dimension spirituelle de cette approche… ils se tournent vers eux comme s’ils étaient de « simples » animateurs nature. Ce qui n’est pas le cas.
Enseignants, attention, la formation 8shield ne comporte pas de partie sur la pédagogie a proprement parler. C’est plus une compétence au prosélytisme qu’ils acquièrent.
Tournez-vous vers des éducateurs à l’environnement et autres pédagogues diplômés et formés. Il y en a déjà partout et qui galèrent à bosser avec tous ces accompagnateurs autoproclamés qui innondent le paysage.
Parce que oui, on peut faire de l’accompagnement à l’école du dehors ou jeux libres en nature ou pedagogie par la nature, en ayant une approche sensible et terre à terre , sans tomber dans le newage.
Je ne vois pas où est le mal à parler de spiritualité. Il s’agit d’une recherche du sens de la vie et o combien nous avons besoin de philosophie dès le plus jeune âge dans le système éducatif français qui fabrique tout sauf de l’esprit critique et de l’autonomie d’apprentissage. Il y a souvent confusion entre spiritualité et croyances religieuses.
Quant aux intentions sous jacentes voire de manipulation, tout adulte a son propre filtre sur ce qui peut se passer pour un enfant et comment l’accompagner, l’important est d’en prendre conscience, de se poser des questions et debattre. Si ça devient dogmatique oui il y a danger. Est ce le cas dans la recherche de lien avec le vivant.
Pourquoi ouvrir son esprit à des conceptions différentes suscite il autant de méfiance ? C’est ça le vrai danger
Bonne soirée
Merci de votre avis Barbara, il ne s’agit pas ici de bien ou de mal mais de ce qui a ou non sa place, en contexte scolaire.
De fait, la spiritualité, littéralement ce qui concerne l’esprit et non la matière, ne peut être transmise de façon rationnelle, sans croyance, ce n’est donc pas le rôle de l’École tout simplement.
Ce qui est dangereux c’est quand des enseignants ou des éducateurs ne sont pas conscients de cette limite et sont prêts à manipuler les enfants pour leur insuffler des croyances à leur insu et à celle de leurs parents.
Être responsable c’est faire très attention de ne pas rentrer dans ce type de schéma, même sans en avoir conscience parfois, et encore moins en essayant de le justifier.
Pour toutes ces raisons je suis en accord avec Ma que je remercie de son commentaire.
Bonjour, je découvre votre commentaire avec surprise. En effet je partage votre point de vue, étant moi même éducatrice à l’environnement. J’ai également eu accès à un document 8shield assez effarant et vu votre commentaire il y a des chances pour que ça soit le même… Je serai vraiment intéressée d’échanger avec vous! Si cela vous semble possible. Merci
Bonjour
Je viens de prendre connaissance de votre article et je ne suis absolument pas d’accord avec les dérives que vous décrivez.
´ »la guidance invisible » évoquait dans le film qui se passe au Canada, et non en Colombie, n’est autre que celle issue de nos interrelations avec la nature.
Vous vous questionnez sur ce que propose concrètement les formations :
Des stages immersifs dans la nature, c’est à dire on l’on vit dehors en groupe
Des « routines de connexion » (vocabulaire employé par le modèle pour parler d’exercices réguliers de relations à soi, aux autres et à la nature) basées sur l’observation, le jeu, la connaissance du vivant et la relation aux autres et à soi.
A aucun moment il n’est question de spiritualité ou de chamanisme comme vous le sous entendez.
Autre point qui me gêne beaucoup. Il y a une sorte d’hypocrisie à poser le système éducatif français comme le bon « modèle ». Toute pratique pédagogique est sous tendu par des valeurs et des croyances …. Et tous système éducatif vise à transmettre un « modèle de société » …. Le système éducatif français affiche haut et fort une volonté d’émancipation et de laïcité mais on sait aussi qu’il reproduit les inégalités sociales.
Vous mettez en avant le développement de l’esprit critique mais vous faites passer votre propre jugement comme la vérité.
Pour finir, Vous trouvez les stages onéreux et cela vous amène à la méfiance…. Je tiens juste à vous préciser que les formations sont proposées par des associations à but non lucratif.
Bonne journée à vous
Bonjour,
Je prends note de votre désaccord et valide bien volontiers votre commentaire.
J’ai corrigé l’erreur que vous me signalez, effectivement l’école est en Colombie Britannique, au Canada, merci de votre vigilance.
Vous me prêtez des intentions, de l’hypocrisie et des sous-entendus dont je vous laisse la responsabilité. Je ne prétends pas détenir la vérité, j’essaie juste, à ma mesure, de protéger les élèves et leurs enseignants en apportant de l’information. C’est imparfait mais je fais de mon mieux.
Je suis désolée de vous avoir heurtée, je vous souhaite néanmoins sincèrement une excellente journée.